L’épilation n'est pas un phénomène récent. Des objets ayant pu servir à l’épilation ont été trouvés dans des tombes datant de la Préhistoire (–2,9 millions d’années à 3 000 avant notre ère). Parmi ces objets, les archéologues ont identifié des pinces à épiler.
Avec l’apparition de l’écriture, le 3e millénaire avant notre ère marque le passage de la Préhistoire à l’Histoire. Les objets et les témoignages relatifs à l’épilation se multiplient. À tel point que certains n’hésitent pas à dater du 3e millénaire la naissance d’une véritable culture de l’épilation. Dès lors, beauté et pilosité ont partie liée.
Dans l’Égypte ancienne, les pharaons et leurs épouses, les membres du haut clergé et les grands aristocrates s’épilent des pieds à la tête. Le corps épilé tient alors du symbole. Il incarne la pureté et s’oppose à la pilosité, symbole d’animalité et d’impureté.
L’Antiquité grecque est une des premières périodes de l’histoire à avoir laissé des témoignages sur la pilosité et sur l’épilation. La pensée médicale grecque établit un lien entre pilosité et sexualité, la pilosité plus abondante des hommes étant due à leur taux d'hormones mâles, la testostérone, plus élevé que chez les femmes. Contrairement à une idée reçue, le canon de beauté de l’homme grec n’est pas l’homme imberbe. De même, une pilosité minimale est recommandée pour les femmes.
Dans l’Islam médiéval, les poètes célèbrent la chevelure des femmes comme celle des hommes. Elle fait alors figure de symbole érotique par excellence. Par contre, le poil est la hantise de la femme. L’épilation est une pratique courante, surtout dans les villes du monde musulman. Sans distinction d’âge ou d’appartenance sociale, les femmes ont intégré l’épilation à leurs soins de beauté.
Réalisées par des épileuses professionnelles, les séances d’épilation se déroulent au hammam. Les crèmes dépilatoires utilisées ont pour base le jus de citron et le sucre. Après l’épilation, on applique sur la peau des baumes parfumés apaisants. La mode est alors à l’épilation intégrale. La zone pubienne n’échappe pas à l’action des crèmes dépilatoires. Cet usage répond à deux exigences. La première relève de l’hygiène. La seconde vise à stimuler le désir des hommes. Pour eux, l’absence de poils est un aphrodisiaque des plus efficaces. Banni du corps de la femme, le poil fait en revanche la fierté de l’homme musulman. La moustache est un symbole de virilité et son entretien fait l’objet de traités.
Le Moyen Âge occidental opère lui aussi un lien entre beauté et pilosité. Du XIIe au XVe siècles, les traités médicaux deviennent populaires. Sous forme de courtes recettes, ces recueils mêlent conseils de beauté et d’hygiène. Les thèmes récurrents portent sur les soins du visage, l’épilation, l’hygiène buccale, le soin de cheveux, l’usage des parfums. L’épilation apparaît comme une pratique courante, en particulier celle du visage. Les traités datant de la fin du Moyen Âge représentent un superbe témoignage sur les pratiques cosmétiques alors en usage. Y est évoqué un puissant dépilatoire à base d’une plante, la rue officinale, et d’œufs de fourmis. Les produits recommandés sont pour la plupart à base de cire. Certains possèderaient la propriété de permettre une épilation définitive. L’épilation des sourcils est attestée, notamment par des portraits du XVe siècle – Portrait d’une jeune femme peint par Petrus Christus vers 1470 et conservé à la Pinacothèque de Berlin. Afficher un front immense est à la mode. Grâce à l’épilation des sourcils, il s’étend des arcades sourcilières jusqu’à la naissance des cheveux, tirés en arrière.
Les siècles suivants reprennent à leur compte les crèmes et onguents médiévaux. Les sources attestent l’utilisation d’autres produits, sans que l’on puisse affirmer avec certitude qu’ils n’étaient pas déjà en usage auparavant. Ainsi, l’arsenic, substance dont on sait aujourd’hui qu’elle est hautement toxique, était présent dans des préparations dépilatoires. La mode des sourcils épilés perdure, tandis que celle du pubis épilé connaît un retour en grâce, notamment au sein de l’aristocratie européenne.
Il faut atteindre le tournant des XIXe et XXe siècles pour observer un changement notable dans les usages de l’épilation. Le monde des loisirs est bouleversé par l’attrait croissant des bains de mer puis de la plage. Cet attrait s’exerce d’abord sur les classes sociales privilégiées, créant de nouvelles pratiques. Elles tendent ensuite à se démocratiser grâce, entre autres, aux mesures sociales que les pays industrialisés mettent peu à peu en place.
En France, les congés payés instaurés par le Front populaire à l’été 1936 symbolisent cet élan. L’avènement de cette nouvelle société de loisirs s’accompagne de nombreux changements. Il est désormais impensable de se baigner en restant dans une cabine descendant dans l’eau de mer. Tout comme il devient incongru d’aller à la plage en habits de ville. Le maillot de bain fait son apparition pour devenir, porté par la mode, un accessoire indispensable. Le port du maillot ouvre l’âge d’or de l’épilation. Il sonne pour la femme occidentale le retour de l’épilation des jambes, et l’apparition de celle du maillot et des aisselles.
L'épilation dans le mondeHaut de page
Les usages de l’épilation varient à l’échelle du globe, et pas seulement entre les continents ou les aires culturelles.
Au sein de l’Europe, les pays du Nord ont une culture très respectueuse de la nature. S’épiler ne fait pas ou peu partie de leur vision esthétique du corps. C’est pourquoi, on voit plus fréquemment des femmes scandinaves ou allemandes qui ne s'épilent pas les jambes ni les aisselles.
D’une autre sensibilité, les femmes italiennes s’épilent de près les jambes et le maillot. Curieusement, elles restent nombreuses à ne pas s’épiler les aisselles, signe de fécondité.
En France, les femmes s’épilent traditionnellement à la cire. Les zones concernées sont les jambes, le maillot et les aisselles. Pendant longtemps, la cire passait pour apporter le meilleur soin au poil. Depuis, de nouvelles méthodes et de nouveaux produits ont fait leur apparition.
En Asie, l’épilation des poils ne fait pas partie des canons de beauté. En effet, les poils sont porteurs d’une forte charge érotique. À ce constat s’en ajoute un autre : les femmes asiatiques sont presque naturellement glabres. Elles sont également supposées être attirées par la pilosité masculine. Il n’est pas rare que des chirurgiens-esthéticiens asiatiques se voient demander d’implanter des poils sur le torse.
Aux États-Unis, les femmes sont très sensibles à l’hygiène. Toute repousse des poils avant l'épilation suivante leur est particulièrement désagréable. C’est pourquoi la majorité d’entre elles se rasent chaque jour. Ce choix n’est pas sans inconvénient : le poil repousse plus dru.
Dans le monde musulman, le poil reste un tabou chez la femme. Il existe tout un florilège de recettes d’épilation à mettre en pratique, notamment pour la cérémonie du mariage.
Parmi, les nouveaux usages, on note la généralisation d’un refus du poil chez la femme occidentale. Quand les poils repoussent, elle est de moins en moins disposée à attendre la séance suivante d'épilation à la cire. Elle cède donc, de plus en plus, à la tentation de se raser. Cette évolution concerne essentiellement la jeune génération, née à partir des années 1970.
Sur fond d’un souci croissant de son corps, la mode masculine a récemment évolué vers une épilation du torse et parfois des aisselles. Ces préoccupations de pilosité concernent 80 % des femmes et environ 30 % des hommes. De tels chiffres peuvent étonner. Aussi n’est-il pas inutile de rappeler que le poil est très souvent associé à un manque d’hygiène. Il symbolise aussi le règne animal par opposition au règne humain.
On trouve aujourd'hui plusieurs types d'épilation :
- L'épilation à la cire : la plus recommandée car elle arrache le poil, qui met ainsi plus de temps à repousser. Cette épilation s'effectue la plupart du temps en institut. Le savoir-faire de l'esthéticienne, qui arrache la bande de cire d'un coup sec, permet d'atténuer la douleur.
- L'épilation au rasoir : la plus déconseillée car elle coupe le poil et favorise une repousse plus drue, mais la plus pratique car elle s'effectue rapidement et à domicile.
- L'épilation avec un appareil électrique : ce genre d'appareil arrache les poils, comme une multitude de pinces à épiler, et s'utilise à domicile. Cette méthode est souvent longue et fastidieuse lorsqu'il s'agit de zones étendues et les picotements induits par l'arrachement des poils sont souvent jugés trop douloureux.
- L'épilation au fil : pratiquée aux Etats-Unis, elle est encore rare en Europe
- L'épilation définitive (ou au laser) : elle est apparue récemment mais n'est pas encore démocratisée, en raison de son coût notamment.
La pince à épiler
Les canons de beauté
L'épilation définitive